S.M.U.H. Service Médical d'Urgence par Hélicoptère

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    Conte pour enfants

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    french kiss
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    Conte pour enfants

    Message  french kiss le Sam 12 Mar 2016 - 13:02

    Dommage que l'AIR-OPS n'interdise pas la médiocrité littéraire et les divagations techniques.
    Bon courage à vous pour la lecture, c'est faible, tant sur la forme que sur le fond. Nous verrons si la lecture privée faite par l'auteur à Béhoust arrivera à nous tenir éveillé... (il y a bien peu de chance...)


                              Le Président barbu.
    Conte technique pour adultes concernés et responsables.
                                       ou
    « Il faut sauver l’hélicoptère du Samu… et les autres. »


    A la BTHE

    Cécile claqua la porte de sa voiture et se dirigea d’un pas décidé vers le bureau médical de la BTHE (Base Territoriale des Hélicoptères d’Etat). Médecin urgentiste au Samu voisin, elle y venait 3 ou 4 fois par mois pour prendre une garde « HéliSmur ». La convention tirée de la loi « Schmitt » qui le permettait était claire: tous médecins hospitaliers de Samu-Smur (et eux seuls) pouvaient être engagés pour 3 ou 4 vacations mensuelles par les Sociétés Gestionnaires des Hélicoptères d’Etat (SoGéHE) pour médicaliser les missions ordonnées par les Samu.
    En traversant le hangar, elle jeta un oeil sur les trois machines qui composaient la petite flotte de leur unité. Des mécanos s’affairaient autour du Papa-Golf dont les batteries du moteur auxiliaire devaient être changées. Laurent, le chef de base, la salua de loin sans détourner son attention de la manoeuvre en cours. Comme tous les « Chibanis » (vieux pilotes expérimentés, prudents et donc vivants), il aimait à suivre lui-même ces opérations d’entretien. Non qu’il ne fasse pas confiance à ses mécanos mais, comme il aimait à le répéter, « la confiance n’exclut pas le contrôle » surtout quand il s’agissait de sécurité.
    Il avait été un des premiers à se réjouir de l’arrivée de ces nouveaux Nairbus 7500 de la société Finairbell Helicopters (digne descendant de l’AS 350 expérimenté sur ce principe en 2011 par feu Eurocopter). Machines magiques, elles avaient enfin succédé aux anciens bimoteurs lourds et peu puissants qui leur avaient été imposés dans les années 1990 pour pallier l’improbable panne turbine dont la fréquence était actuellement si faible qu’elle n’était même plus mesurable.
    Sur le Nairbus, une bonne grosse turbine liée à une boite de transmission principale (BTP) simple- entrée capable d’encaisser toute sa puissance faisait le boulot. Un moteur électrique auxiliaire coaxial au mât rotor laissait au pilote plus de 10 minutes pour ramener tout le monde au sol après l’éventualité de cette panne rarissime. On économisait ainsi la complexe machinerie de synchronisation des deux moteurs, cause d’innombrables tracasseries et d’indisponibilités opérationnelles qui leur avaient pourri la vie pendant plus de 20 ans.
    La masse maximum au décollage en avait été portée à près de 3.5 tonnes (7500 livres) selon la nouvelle norme enfin admise par l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale).
    Ces Nairbus 7500, choisis à la suite d’un appel d’offre international piloté par le groupement d’achat des ministères (UNI-HA en l’espèce), étaient gérés par les deux SoGéHE (Ouest et Est), à la suite d’un marché alloti qui divisait la France en deux grands secteurs. Il leur avait été attribué comme cela se faisait depuis longtemps pour d’autres concessions de service public : les autoroutes par exemple ou la formation des pilotes de l’armée de terre (Hélidax).
    Modernes, bien équipés, rapides, ils étaient certifiés bi-pilotes pour tout type de vol (avec instruments ou à vue). Leur cabine était vaste et permettait d’y travailler à l’aise.
    Cécile passa par le bureau opération où les infos météo du jour étaient affichées sur de grands écrans à la disposition des équipages. Aujourd’hui les conditions n’étaient pas extraordinaires mais depuis le développement des procédures de navigation satellitaires, si on ne pouvait pas encore garantir le zéro-zéro (plafond nul, visibilité nulle) comme le faisaient les avions de l’aéropostale, on pouvait presque toujours répondre aux missions demandées. Le dégivrage n’était pas encore disponible mais annoncé dans les quelques années à venir du fait de la présence des nouvelles batteries du moteur auxiliaire dont le poids n’avait cessé de diminuer ces dernières années.
    Elle parvint enfin à son bureau où l’attendait Samy, son infirmier du jour. Il faisait partie des infirmiers Smur qui avaient bénéficié des dispositions de la loi « Schmitt ». Celle-ci alignait leurs conditions de travail avec celles des sapeurs-pompiers volontaires (possibilités de travail dans les SoGéHE (pour eux et eux seuls) même s’ils avaient déjà un emploi hospitalier à temps plein, avec des indemnités non imposables dans le cadre d’une convention hôpital-SoGéHE).
    A son arrivée, Samy était en train de vérifier les divers lots de matériel à embarquer avec eux lors de la prochaine mission. Son travail était facilité car toutes ces dotations avaient été standardisées au plan national. Après tout, la médecine d’urgence était la même de Carcassonne à Arras et de Strasbourg à Brest. Ces lots, positionnés dans le hangar hélico, pouvaient aisément être chargés et arrimés dans n’importe lequel des hélicos en moins de 3 minutes. Ceci permettait de décoller très rapidement dans la machine disponible à ce moment-là dont l’identification « SAMU » était instantanément affichée sur les flanc à l’aide d’un écran à LED qui pouvait aussi bien indiquer « Gendarmerie », « Police » ou « Sécurité Civile » selon les missions.
    Cécile, qui n’avait toujours pas pu se passer de ses 5 à 6 cigarettes par jour, sortit des locaux de la BTHE pour s’en griller une. Elle voyait les plates-formes sur rails qui permettaient de rentrer les machines aisément au hangar. Plus loin, se tenait la station d’avitaillement, abreuvoir à kérosène de ces superbes destriers des airs toujours assoiffés. C’était surtout à cause du carburant que les bases hélico avaient progressivement quitté la plupart des hôpitaux. Les contraintes réglementaires des enceintes hospitalières et les nuisances ressenties étaient telles qu’on avait finalement décidé de les éloigner des centres de soins, au moins pour ceux qui n’avaient pas été équipés auparavant. Il s’agissait, ici, de mettre en commun des infrastructures lourdes, coûteuses et aux contraintes réglementaires fortes. Cette démarche était bien plus justifiée que celle qui avait été tentée dans le passé pour rapprocher les centres d’appels qui partageaient essentiellement de l’information distribuable par n’importe quel réseau.
    Les arguments de la « pénurie médicale » et de la « nécessaire formation permanente au sein d’un service hospitalier », qui avait prévalu jusqu’alors en imposant la situation de la base hélico Samu dans l’hôpital, avaient été difficiles à défendre. En effet, les administrations et les organisations professionnelles avaient enfin ouvert les yeux sur une réalité que tout le monde connaissait. Depuis bien longtemps (en fait depuis que le temps médical était compté en heures dans les services d’urgence), les praticiens avaient, paradoxalement, pas mal de temps libre. Comme leur compétence était universellement reconnue, ils étaient souvent sollicités par des compagnies d’assurance, des boîtes de rapatriement, d’intérim ou des organisateurs de manifestations sportives pour médicaliser leurs activités. Les tarifs y étaient attractifs même si réglementairement cela était interdit aux praticiens temps pleins… Mais…. il suffisait de ne pas se faire prendre… Dès lors pourquoi ne pas « récupérer » ce temps médical pour l’HéliSmur ? Les deux SoGéHE s’étaient mises sur les rangs et n’avaient pas eu de grandes difficultés pour recruter les personnels médicaux et paramédicaux
    nécessaires en affichant des tarifs « motivants ». Le temps médical que ces médecins Smur consacraient avant la réforme, lors de leurs gardes au Samu, aux transports aériens, avait pu être redistribué sur la régulation médicale, coeur du métier des Samu.
    Au moment où elle tirait la dernière bouffée de sa satanée clope, son portable se mit à vibrer. C’était un message de départ. A la demande d’un Samu, Hub’Air, le logiciel national de gestion des missions des SoGéHE, leur avait affecté une mission. Ce système, insensible au programme télé, aux matches de foot, aux copinages divers et variés, connaissait en permanence l’état de toute la flotte du Groupement des Hélicoptères d’Etat (missions, entretiens, équipages etc…) et proposait, selon un algorithme mis au point avec les acteurs de terrain, la meilleure solution pour la mission demandée. Il permettait d’optimiser l’utilisation de ces très chères machines. On s’était, enfin, rendu compte en haut lieu qu’une année faisait 8760 heures et que les 150 machines que regroupaient Samu, Gendarmerie, Sécurité Civile lors du recensement de 2014 volaient… moins de 60 000 heures sur les 1 300 000 théoriquement disponibles soit… environ 5% du temps théoriquement disponible.
    Tous les éléments dont Cécile avait besoin en sa qualité de médecin transporteur étaient affichés sur la tablette qui avait depuis longtemps remplacé la traditionnelle « feuille de Smur ». C’était un secondaire (transport inter hospitalier) comme elle en avait déjà fait des centaines. Elle se dirigea rapidement vers l’Echo-Alpha dont l’identification « SAMU » était déjà allumée.
    Les deux pilotes qui avaient accepté la mission sortaient du bureau des opérations avec toutes les données nécessaires sur leur tablette de vol, PVE réglementaire (Procès-Verbal d’Exploitation) pré-rempli. Les coordonnées de la mission avaient été automatiquement transmises au GPS de la machine, aucune erreur de recopie n’était à craindre. Ils rigolaient encore en se souvenant du temps où ils devaient emmener avec eux les 12 Kg de papiers inutiles, calés derrière le siège pilote, inaccessibles et pénalisants pour satisfaire une réglementation obsolète et sourde au progrès technique.
    Les pilotes, souvent d’anciens militaires (Aviation Légère de l’Armée de Terre, Armée de l’Air ou Marine), habitaient pour nombre d’entre eux à moins d’une heure de la base, ce qui permettait de ne pas leur imposer des roulements trop longs. Il y avait, de ce fait, à disposition des pilotes d’alerte, pour effectuer une relève en cas de dépassement d’horaire et assurer ainsi la permanence opérationnelle. On était loin des contrats « 5 pilotes H 24 » qui obéraient gravement les budgets hospitaliers sans permettre, pour autant, beaucoup plus de vols. En effet les sévères restrictions météorologiques des vols à vue de nuit les rendaient, très souvent, réglementairement impossibles. Le regroupement de tous les hélicos d’état permettait en outre, pour les pilotes qui le souhaitaient, de conserver la polyvalence qu’ils avaient acquise lors de leurs carrières militaires, en alternant les missions santé, secours, police etc... De ce fait, le nombre d’heures de vol de chacun restait compatible avec les normes en vigueur.
    En moins de trois minutes, chacun était à son poste et la machine prit l’air. Cécile contacta par radio Vincent, le régulateur du jour, qu’elle connaissait bien puisqu’ils faisaient partie du même réseau des urgences au sein du GHT (Groupement Hospitalier de Territoire) institué par la loi de santé de 2015. Il lui transmit ces petits éléments « d’impressions » qu’il est difficile de mettre par écrit…
    - Tu sais c’est notre ami le Dr xxx qui nous appelle dans l’hôpital de zzz, Il n’est pas sûr de son diagnostic, son scanner est en panne, je préfère que tu ailles voir… Bon vol !
    Alors que le Nairbus s’enfonçait dans la ouate blanche des nuages et que le sol avait totalement disparu aux yeux de notre équipe d’HéliSmur, Cécile, bercée par le bruit régulier de la machine, se remémorait l’incroyable histoire qui avait conduit à la renaissance de l’HéliSmur français.
    Drames à « La Lanterne »
    C’était peu de temps après l’élection présidentielle de 2017. Le Président élu avait pris l’habitude, pour rester au plus près des dossiers, de réunir chaque weekend à « La Lanterne » quelques uns de ses ministres pour évoquer les dossiers chauds. En ce début d’été, trois ministres planchaient devant leur patron : celui des transports, de la santé et de l’intérieur. Les portables avaient été « mis en sécurité » par les collaborateurs du Président pour éviter les SMS inopportuns et la tentation de tweets indiscrets qui auraient alimentés les journaux du soir.
    Ce samedi vers 14h30 un agent de sécurité contrevenant à toutes les consignes passa la tête dans le bureau pour faire signe au ministre des transports : un message inquiétant venait de lui parvenir. Il indiquait que sa belle-fille, qui séjournait sur une île du littoral atlantique, venait d’accoucher inopinément, que le bébé allait bien mais que la maman faisait une hémorragie grave du post-partum. Le ministre inquiet s’informa pour savoir si l’hélico du Samu était parti à son secours.
    - Mais, Monsieur le Ministre, vous savez bien que la ligne a été fermée pour appliquer l’AIR-OPS européen ! (NDLR: texte régissant la navigation aérienne). De toute façon la région est actuellement sous une couche de nuages bas rendant le vol à vue impossible.
    - Qu’ils y aillent aux instruments !
    Hurla le ministre très inquiet.
    - Hélas, les procédures de vol aux instruments à l’étude depuis plus de 10 ans à Dreux ne sont toujours pas validées par votre administration…
    Allait-on laisser un nouveau-né ne jamais connaître sa mère ? Ce sont finalement les 11 tonnes du NH 90 de la marine nationale qui furent dépêchées sur zone. Malheureusement, aucun hôpital ne pouvait les accueillir et un relais par ambulance dut être organisé. Quel temps perdu, quelle dépense engagée alors que quelques mois plus tôt tout aurait été réglé en quelques dizaines de minutes. Mais avec tous ces délais, arriverait-on à temps?
    Le Président, informé de ces évènements, ordonna qu’on lui fasse sur l’heure une note sur ce règlement destiné à augmenter la sécurité des vols et qui, semblait-il, menaçait la vie d’un membre de la famille d’un de ses ministres.
    Par un hasard, que seule la vraie vie peut inventer, vers 15h un autre téléphone se mit à sonner à destination du ministre de la santé cette fois-ci. Il s’agissait de sa mère, jeune grand-mère de 74 ans qui aimait tant faire une cuisine succulente pour la plus grande joie de ses petits enfants (mais en mesurait, hélas, les effets sur sa balance…). D’après le médecin local, elle faisait de toute évidence un infarctus du myocarde. Elle devait être évacuée dans l’heure vers une table de coronarographie. Il en existait bien une, à moins de 30 minutes de vol, mais on était en montagne, dans les Alpes du sud, il faisait chaud et à la suite de l’arrivée de l’assistant de vol (AIR-OPS) les stations d’altitude par ces températures n’étaient plus à la portée des hélicos légers des Samu, surtout pour prendre en charge des patients en surpoids.
    Le Président, à nouveau interpellé, regarda son ministre affolé qui lui expliquait :
    - Monsieur le Président, vous le savez, les dépenses de santé sont plafonnées depuis des années et l’avalanche de normes, d’obligations diverses, de réglementations contraignantes pour de soi-disant raisons de « sécurité » diminuent progressivement le périmètre d’action de
    nos hélicoptères, qui sont pourtant un élément fondamental de notre système de soins. Quand analysera-t-on la sécurité globalement ? Celle de l’équipage mais aussi celle des bénéficiaires de la mission.
    Le Président, pendant ce discours amer, prenait des notes.
    Quelques temps plus tard, le ministre apprit donc que maman avait pris l’ambulance, après une thrombolyse qui n’avait pas été un grand succès, et qu’elle risquait une insuffisance cardiaque séquellaire dont les médecins ne pouvaient pas encore mesurer l’ampleur…
    Dans cette atmosphère dramatique, les pensionnaires de La Lanterne avaient du mal à se concentrer sur leur ouvrage.
    C’est alors que, plus tard dans la soirée, l’incroyable arriva !
    Vers 22h c’est le ministre de l’intérieur qui fut alerté. Son propre fils venait d’avoir un grave accident de la route près d’Orléans. Un des deux Dragons (indicatif des hélicoptères de la Sécurité Civile) d’Issy les Moulineaux était indisponible, en entretien. Il avait consommé tout son potentiel en réalisant des vols …. pour des Samu. En effet, les hélicos des Samu (dits « blancs »), ne pouvaient pas réaliser certaines missions pour des raisons bêtement réglementaires (vols sous jumelles de vision nocturne [JVN], dépose de patients dans des endroits non autorisés, vols par conditions météorologiques limites…). L’autre Dragon était en mission anti-terroriste loin de Paris. Il y avait bien la machine du Samu d’Orléans mais justement elle était bloquée sur l’Héliport de Paris Issy Les Moulineaux qui était fermé et dont la distribution de carburant n’était plus disponible à cette heure-là.
    Nouvelle stupéfaction présidentielle sur l’organisation des services de l’état dont, in fine, il avait la responsabilité.
    C’est finalement, mais avec quel retard, l’hélicoptère du Samu de Dreux, rentrant d’une mission vers Tours, qui fut détourné vers l’accident. Après avoir débarqué son assistant de vol, pour le troquer contre du carburant à Orléans, il put prendre en charge le jeune homme, en contravention totale avec la règlementation, pour faire emboliser sa fracture du bassin qui saignait la rage, à la Pitié Salpêtrière…
    Devant tant de drames accumulés, le Président, abattu, renvoya ses hôtes et les pria d’être de retour le lendemain matin.
    La Trichocratie
    Le dimanche matin, après une nuit difficile pour tous à la recherche de nouvelles en provenance des différents hôpitaux où avaient été transportés leurs proches, nos trois ministres se présentèrent, comme prévu, à La Lanterne. Le Président les accueillît l’air grave. Il les fit entrer dans son bureau sans mot dire, mais, avant qu’il ne prenne la parole, ils se rendirent compte, tous ensemble, d’un détail auquel ils ne s’attendaient vraiment pas du tout. Le Président ne s’était pas rasé !
    - Chers amis, ce matin dans cet endroit secret de la République où je prends souvent mes décisions les plus importantes, je veux dire mon cabinet de toilette, devant cette même glace qui m’inspira il y bien longtemps l’idée de briguer le poste où je suis, j’ai décidé que le changement c’était maintenant !
    Frappé par la succession de catastrophes d’hier qui a si durement touché vos familles et dont les conséquences auraient pu être considérablement minimisées si l’Etat avait été à la
    hauteur, son administration efficace et ses services irréprochables, mon miroir et l’image qui s’y reflétait m’ont suggéré une décision qui va vous surprendre.
    Comme les efforts que nous faisons tous chaque jour pour faire évoluer notre société ne sont pas souvent couronnés de succès et mettent tant de temps à se concrétiser, j’ai réfléchi à une option différente. Un système de gouvernement qui lie directement le Président, ses ministres, leurs administrations et le peuple.
    Je me suis souvenu d’un épisode récent qui avait fait le buzz dans les médias: la barbe d’un jeune ministre des finances ! Eh bien moi aussi je vais me servir du même outil que lui.
    Je m’adresserai au pays demain au journal de 20h !
    Messieurs, droit dans mes bottes, moi Président, je fais le serment que tant que nous n’aurons pas refondé de fond en comble l’organisation des moyens aériens de l’état (je ne parle pas ici des moyens militaires) je ne me raserai plus !
    Je déclare ouverte une nouvelle ère de management : place à la Trichocratie. (Trichocratie : le pouvoir par le poil ! Du grec θρίξ, τριχός : le poil ; κράτος : le pouvoir).
    Stupéfaction des ministres habitués à voir leur patron toujours si préoccupé de son look prendre une telle décision. Coup d’oeil à leurs smartphones (cette fois-ci non confisqués par les pandores de la présidence). Aucun Président de la République Française, si l’on se réfère à leurs portraits officiels tels qu’ils sont publiés par l’administration, n’avait arboré cet élément pileux depuis l’excellent Paul Doumer en 1933, soit 10 titulaires et 84 ans de mentons présidentiels glabres avant cette révolution !
    - Lors de ma prochaine allocution télévisée, j’informerai le pays qu’il pourra juger de notre efficacité à réformer à la longueur de ma barbe.
    Puissiez-vous ne pas me faire ressembler à Charlemagne !
    Messieurs, je vous donne comme mission, pour que ce que nous avons vécu hier ne se reproduise plus jamais, de « refonder » le fonctionnement des hélicoptères mis en oeuvre par l’état pour réaliser ses missions de service public.
    J’entends que tout ce qui se fait en Europe ou aux Etats Unis en cette matière et que l’on ne trouve pas encore chez nous soit opérationnel dans les six mois.
    Il ne sera pas dit que sous mon mandat des honnêtes citoyens français n’auront pas bénéficié de tout ce qui est disponible ailleurs dans le monde pour de ridicules motifs administratifs ou de guéguerres stériles entre services.
    Motivez vos services, soyez créatifs et osez sortir des sentiers battus.
    Tous ceux qui ne parviendront pas à ce noble objectif se verront mutés dans ces régions où, jusqu’à présent, tant de français ont été délaissés !
    Au travail ! Que de ce funeste samedi naisse un service que le monde entier nous enviera !
    Lundi soir les journaux télévisés étaient mobilisés pour une « importante communication du Président aux Français » sans détail supplémentaire. Le suspens était à son comble, l’audimat fumait !
    - Françaises, français, chers concitoyens, le sort a frappé ce weekend trois membres de mon gouvernement. Nous pourrions décider d’entreprendre une réflexion pour réfléchir à la rédaction laborieuse de textes qui une fois encore ne seraient pas appliqués rapidement. Alors je dis stop ! Il s’agit ici de réformer rapidement une partie du système d’Urgence de ce pays qui a failli. Pour y arriver et avec votre soutien j’ai décidé de vous surprendre.
    Je demande au gouvernement de refonder sous six mois l’organisation de nos hélicoptères d’état.
    Pour vous montrer ma totale détermination et mon engagement personnel je prends l’engagement de ne plus me raser tant que cela n’est pas réalisé sur le terrain.
    Il est créé ce jour un poste de « barbier présidentiel ». Je vous donne rendez-vous dans trois mois.
    Dès la fin de la déclaration du président les journalistes présents voulurent le presser de questions, il refusa toute interview et ne répondit que ces simples mots :
    - Maintenant priorité à l’action !
    La loi Schmitt
    C’est ainsi que naquit ce qu’il a été convenu d’appeler la « loi Schmitt ».
    Charles Schmitt était un grand pilote, visionnaire, qui avait dédié sa vie à l’hélicoptère sous toutes ses formes. Après avoir institué les bases de l’exploitation par hélicoptère des plates-formes de forage pétrolier en mer, il avait eu l’intuition que la même démarche devrait être mise en oeuvre pour les missions d’état. Peu de temps avant sa mort, il redisait, à qui voulait l’entendre, que l’important ce n’était pas la couleur de l’hélicoptère, ni son corps d’appartenance, ni l’administration qui le mettait en oeuvre mais la MISSION à laquelle il participait. Il hurlait quand on évoquait la sécurité des vols Samu en « oubliant » l’élément central de la mission qui est, bien évidemment, le patient. Quand, pour des raisons réglementaires, on interdit une mission, certes on protège l’équipage, mais si cela a de graves conséquences pour le patient faute d’une prise en charge correcte, la démarche dite de sécurité est juste stupide si pas criminelle !
    Nos trois ministres, touchés dans leur chair par les évènements récents, se mirent au travail. Multipliant des réunions difficiles, car elles mettaient en cause bien des choses établies depuis toujours… Députés, syndicats, organisations professionnelles de tous bords donnèrent de la voix, pour ou contre, car cela ébranlait des paradigmes ancestraux, des corporatismes dogmatiques, des exclusivités inattaquées jusqu’alors. Beaucoup prirent la parole avec ou sans réelle connaissance du dossier pour défendre telles ou telles prérogatives, tel ou tel mandat…
    Mais à la fin, à la question : et si cela devait servir pour sauver un de ceux qui vous sont chers que feriez-vous ? Beaucoup finissaient par donner leur accord.
    Tout ne fut pas réglé en un temps. Mais enfin certains principes furent actés.
    La loi était basée sur quelques principes simples.
    1. Fusion des trois corps d’hélicoptères d’état : Sécurité Civile, Gendarmerie, Samu sous un seul statut.
    2. Gestion de cette flotte dans le cadre d’un partenariat public-privé à la suite d’un appel d’offre national par des sociétés indépendantes (SoGéHé Est et Ouest).
    3. Conservation de l’exclusivité de la réalisation des missions « Santé » aux Samu qui y délégueraient des personnels titulaires dans le cadre de vacations institutionnelles.
    4. Implantation des Bases Hélicoptère d’Etat (BHE) équipées de toutes les infrastructures nécessaires par une commission interministérielle (et non plus par les hôpitaux ou les politiciens locaux) éclairée par les géomaticiens possesseurs de données d’activité des trois services et garant de leur meilleur positionnement.
    5. Normalisation des flottes et de leurs équipements.
    6. Implémentation d’un logiciel de distribution et de gestion de missions indépendant des individus.
    7. Généralisation des procédures de vol aux instruments et sous JVN.
    8. Simplification des règles relatives aux aires de poser.
    9. Répartition harmonieuse des bases travaillant seulement de jour ou H/24.
    10. Enfin financement direct par les ministères en se calquant sur ce qui se faisait pour les vols « Sécurité Civile » sans émissions de factures pour les bénéficiaires.
    Il fallut, en fait, plus des six mois prescrits aux trois ministres piqués au vif par le Président pour qu’il puisse, enfin, faire raser son ornement pileux par le barbier présidentiel. Cette histoire fit, chaque soir, la joie des Guignols qui mesuraient, à sa longueur, l’efficacité de l’administration à conduire une réforme, sous l’oeil amusé de l’opinion et finalement, celle assez satisfaite, du Président lui-même pas peu fier de son nouveau mode de management.
    La Trichocratie avait fonctionné. Par la suite cette technique fut reprise par quelques ministres dans le même esprit ce qui permit de pérenniser le poste du barbier.
    Aucune alternative ne fut trouvée pour les ministres femmes qui durent inventer autre chose…
    Retour au présent
    Loi Schmitt, Trichocratie… Cécile fut tirée de sa rêverie par l’arrivée sur zone. le Nairbus 7500 sortit de la couche au « point in space » exactement comme prévu par la procédure, la machine habilement pilotée se posa en douceur sur la TLOF (Touch down and Lift OFf area) et l’équipe médicale se dirigea vers les urgences. Après une analyse attentive du patient, Cécile pris contact téléphonique avec Vincent, son régulateur. Plus de peur que de mal. En fait le technicien du scanner avait réussi à remettre en marche la machine récalcitrante et l’incertitude diagnostique avait été levée. Le transport n’était plus utile. Cette donnée fut transmise à Hub’Air et le Nairbus repris son vol à vide. Personne n’était choqué par cet épisode puisque l’équipe restait sans cesse joignable et que, comme tous le savaient, le coût des hélicos était surtout représenté par ses mensualité fixes (70 à 75%) plus que par sa consommation de carburant. Il valait mieux donner toutes ses chances à un patient, quitte à revenir à vide plutôt que d’attendre une éventuelle aggravation génératrice d’éventuelles conséquences graves, pour déclencher la mission.
    Sur le chemin du retour nouvelle vibration d’Hub’Air. Le commandant de bord était avisé qu’un accident de circulation venait de se produire « à portée de carburant » de sa trajectoire. Les coordonnées du stade de foot le plus proche allaient lui être envoyé, accompagnées de l’accord du médecin régulateur. Après une légère altération de cap, l’équipage posait Cécile tout près de ce nouveau drame de la route…
    Toute la journée les missions s’enchaînèrent sans beaucoup de temps de repos du fait de la gestion centralisée des demandes. Cela optimisait beaucoup l’usage de sa coûteuse machine qui en fin d’année afficherait au compteur près de 700 heures de vol soit presque le double de ce que certaines faisaient en 2015. Mais comme sa vacation ne durait que 12h Cécile put les remplir sans trop de fatigue et quitter la base avec le sentiment du devoir accompli.
    Epilogue
    Ce texte, que certains trouveront farfelu, ne fait évidemment référence à aucun personnage ayant existé (sauf le regretté Président Paul Doumer et mon maitre en hélicoptère Charles Schmitt). Il n’engage que son auteur et clairement aucune association, aucun syndicat, aucune administration ou ministère. Il est le résultat des vaticinations allumées d’un vieux médecin tout près de quitter l’arène où se joue chaque jour ce jeu terrible de l’Urgence, de la lutte contre la maladie, l’accident, la mort. Quitter, sans toutefois se désintéresser du développement de ce moyen exceptionnel de distribution du soin auquel, comme son maître Charles Schmitt, il a dédié une grande partie de sa vie professionnelle. Histoire de vie, de mort, de souffrance, de douleur, d’échecs mais aussi de joies, de victoires, de réussites, de rencontres au service de la MISSION. Ce texte contient, sous des dehors que j’espère légers, les convictions d’un homme qui a toujours essayé de convaincre administrations et confrères que le progrès vaut mieux que la routine. Dans les moments de doutes, lors de refus polis de beaucoup de gens bien intentionnés sur certains projets innovants, il se répéta souvent pour garder la foi: «seuls les fous pensent que les rêves ne peuvent pas se réaliser ».
    Nicolas LETELLIER
    Val d’Isère Février 2016

    source : https://www.dropbox.com/s/a0uwv9faw2jubot/Le%20pr%C3%A9sident%20barbu.pdf?dl=0

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    Re: Conte pour enfants

    Message  GDN21 le Sam 12 Mar 2016 - 16:16

    Moi je lui remet le prix Goncourt Laughing
    Bon à part peut être le passage de l'assistant troqué pour du kéro lol!

    vanhoute
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    Re: Conte pour enfants

    Message  vanhoute le Jeu 24 Mar 2016 - 7:20

    Impressionnant. On se demande où tu nous as dégoté ce texte...


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    french kiss
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    Re: Conte pour enfants

    Message  french kiss le Jeu 24 Mar 2016 - 10:04

    A la fin du vaudeville il y a le lien de telechargement

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    Re: Conte pour enfants

    Message  vanhoute le Jeu 24 Mar 2016 - 10:16

    french kiss a écrit:A la fin du vaudeville il y a le lien de telechargement
    J'ai bien vu, mais je me demande d'où il provient avant DropBox...


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    Re: Conte pour enfants

    Message  french kiss le Jeu 24 Mar 2016 - 20:24

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    Re: Conte pour enfants

    Message  overlord le Lun 4 Avr 2016 - 20:29

    french kiss a écrit:[justify]Dommage que l'AIR-OPS n'interdise pas la médiocrité littéraire et les divagations techniques.
    C'est bien au contraire un compte prolixe et pragmatique très représentatif de la situation actuelle, c'est parfait...
    Si le but est d'interpeller au plus haut point le plus grand nombre il est atteint, alliant le pamphlet aux réalités systémiques.
    Du coups, la médiocrité est plus du côté décisionnel que nous subissons aidées d'un aréopage d'aficionados des plus mauvaises solutions et je reste indulgent.
    Au demeurant, la médiocrité elle est bien ailleurs et sans équivoque, mais malheureusement aussi, dans la réponses faite à cette excellente prose...
    Faut-il s'y résigner certainement pas !

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    Re: Conte pour enfants

    Message  french kiss le Lun 11 Avr 2016 - 19:09

    Un texte parfait vous dites ? OK, alors, en rapport avec le sous emploi des moyens évoqués dans le torchon ci-dessus, voici ma question : le contrat de Dreux est de 450 hrs annuelles. Combien d'heures ont effectivement été réalisées en 2015 ? Ceci nous permettra d'appréhender totalement l'intégrité de l'auteur sur cet aspect.

    Vous pourrez argumenter sur les raisons de ce sous emploi en vous raccrochant à votre expérience du milieu et en évitant les mots et tournures de phrases incompréhensibles pour les lecteurs du forum. Vous avez 2 heures.

    Merci
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    Re: Conte pour enfants

    Message  Mrbenaero le Mar 12 Avr 2016 - 21:22

    french kiss a écrit:Un texte parfait vous dites ? OK, alors, en rapport avec le sous emploi des moyens évoqués dans le torchon ci-dessus, voici ma question : le contrat de Dreux est de 450 hrs annuelles. Combien d'heures ont effectivement été réalisées en 2015 ? Ceci nous permettra d'appréhender totalement l'intégrité de l'auteur sur cet aspect.

    Vous pourrez argumenter sur les raisons de ce sous emploi en vous raccrochant à votre expérience du milieu et en évitant les mots et tournures de phrases incompréhensibles pour les lecteurs du forum. Vous avez 2 heures.

    Merci
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    J'ai eu peur d'être le seul à trouver ça assez nul...
    L'hopital de Dreux n'est-il pas sous tutelle, en plus de ça?

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    Re: Conte pour enfants

    Message  french kiss le Ven 15 Avr 2016 - 22:18

    french kiss a écrit:Un texte parfait vous dites ? OK, alors, en rapport avec le sous emploi des moyens évoqués dans le torchon ci-dessus, voici ma question : le contrat de Dreux est de 450 hrs annuelles. Combien d'heures ont effectivement été réalisées en 2015 ? Ceci nous permettra d'appréhender totalement l'intégrité de l'auteur sur cet aspect.

    Vous pourrez argumenter sur les raisons de ce sous emploi en vous raccrochant à votre expérience du milieu et en évitant les mots et tournures de phrases incompréhensibles pour les lecteurs du forum. Vous avez 2 heures.

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    Alors overlord, combien d'heures de gabegie ?
    Allez, je dirai qu'à tout pêter, vous avez fait 350 heures. Mais alors vraiiiiiiiiiiiiiiiiiiiment à tout pêter

    Décodage :
    sur un contrat de 450 hrs, cela signifie que l'hôpital a surpayé d'au moins 20 % son coût à l'heure de vol. C'est pas mal pour un hosto en faillite. pas mal du tout. Bon, le pognon semble pas perdu pour tout le monde hein ? Je me demande à quand remonte l'année où 450 heures ont pu être réalisées dans le 28 ? La question est : comment avec un tel historique, l'hôpital a-t-il pu demander un tel bloc d'heures ? Ah si je sais : on demande 450 en sachant qu'on ne les fera pas. Du coup, l'opérateur peut baisser fictivement son coût horaire de 20 % puisqu'il sait que les heures ne seront pas réalisées et qu'il va se récupérer sur les heures restantes non consommées. C'est pas mal, c'est pas mal du tout. ca permet à docteur Rastaquère de garder son jouet.

    french kiss
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    Re: Conte pour enfants

    Message  french kiss le Sam 16 Avr 2016 - 12:07

    Overlord sur la fréquence ? Overlord si vous me recevez, affichez 7600

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    Re: Conte pour enfants

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