S.M.U.H. Service Médical d'Urgence par Hélicoptère

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    Vers une stratégie nationale d’utilisation du transport sanitaire héliporté ?

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    karl40
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    Vers une stratégie nationale d’utilisation du transport sanitaire héliporté ?

    Message  karl40 le Sam 11 Aoû 2018 - 14:13

    Le transport sanitaire héliporté fait partie de notre système de soins d’urgence. Ce transport de patients permet une amélioration de la qualité, de la sécurité et de l’accessibilité aux soins d’urgence.

    Il a été utilisé pour la première fois par l’armée française durant la guerre d’Indochine entre 1950 et 1952. Le premier vol civil a eu lieu le 22 décembre 1952.

    La cohabitation de deux systèmes :

    Notre organisation actuelle repose sur cette évolution historique et sur la cohabitation de deux systèmes qui ne sont hélas pas toujours complémentaires :

    1) les hélicoptères d’État - sont organisés autour de la notion de secours à personnes.

    2) les hélicoptères privés mis à disposition, sont adaptés aux missions des équipes des SAMU et des Smur : les héliSmur.

    Aujourd’hui, c’est la pertinence de l’organisation actuelle que nous devons revoir, car aucune stratégie nationale clairement définie n’existe : nous devons corriger cette problématique afin de rendre le système plus efficient.

    Au-delà de deux systèmes d’exploitation, nous sommes confrontés à deux types d’interventions, celles dites primaires (au domicile du patient ou sur les lieux publics) et celles dites secondaires (entre établissements hospitaliers).

    Concernant les interventions secondaires (entre établissements hospitaliers), le nombre d’interventions réalisées aujourd’hui est proportionnel au besoin, de manière « quasi » homogène entre les différents départements.

    On peut néanmoins constater que, pour tous, le taux de couverture du potentiel théorique (besoin) est moyen (40 %). Par ailleurs il témoigne, au-delà des indisponibilités météorologiques, d’une pratique d’engagement des héliSmur dans les missions secondaires moins dynamiques que le potentiel simulé.

    Or, le gain de temps que cela apporterait aux équipes Smur terrestres locales est important, et permettrait ainsi de mieux répondre aux besoins en missions primaires sur leur secteur.

    Des problématiques organisationnelles (temps avant décollage, temps d’attente du patient sur les CH, zones de posée non fonctionnelles, relais ambulanciers nécessaires, communication entre les centres 15) peuvent expliquer cette pratique.

    Concernant les interventions primaires (au domicile ou lieu public), l’engagement des moyens héliportés actuels apparaît beaucoup moins homogène.

    Au-delà des indisponibilités météorologiques qui sont effectivement plus importantes dans certains départements, cette différence ne peut être expliquée seulement par le positionnement des hélicoptères. Ce sont donc plutôt les pratiques d’engagement et le manque de fluidité dans l’articulation entre les centres 15 qui sont à interroger.

    Un "contrat mission santé" ou stratégie nationale :

    L’amélioration du système actuel implique une évolution de l’organisation, de la réglementation, et d’une meilleure intégration de l’hélicoptère au sein de l’hôpital public ainsi que d’une vraie politique de financement.

    La mise en place au niveau national d'un contrat mission santé (unique) spécifiquement dédié à la santé, élaboré par l’État, et qui s’imposerait à l’ensemble des prestataires et des intervenants dans le cadre du transport sanitaire héliporté est une nécessité.

    C’est précisément cette absence de stratégie nationale qui explique les disparités régionales d’implantations des héliSmur mais également l’absence de complémentarité avec les hélicoptères de la Sécurité civile.

    Ce contrat imposerait la priorité à la mission sanitaire. Un rapport émanant du Conseil National de l’Urgence hospitalière énumère parfaitement les principaux points du « contrat mission santé » :

    - l’hélicoptère de la mission santé est dédié spécifiquement à cette tâche ;

    - l’hélicoptère sanitaire a un positionnement hospitalier ;

    - la régulation médicale des transports sanitaires est effectuée par le SAMU ;

    - la médicalisation de l’hélicoptère sanitaire est assurée par une équipe Smur ou assurant le même niveau de soins ;

    - l’équipe Smur est à tout moment disponible pour médicaliser l’hélicoptère, mais elle n’est pas exclusivement dédiée à cette tâche pour garantir l’efficience de l’usage du temps médical.

    Par ailleurs, confier aux Agences régionales de Santé d’organiser le transport sanitaire au niveau régional pour garantir les objectifs du contrat de mission est essentiel. Nous nous devons de regrouper acteurs et utilisateurs au niveau territorial.

    À ce jour, l’implantation des hélicoptères n’est pas optimisée, voire même insuffisante, dans certaines régions. Dans de nombreux territoires, souvent ruraux et de montagne, peu d’hôpitaux et de maternités sont en mesure d’offrir tous les types de soins appropriés à toutes les urgences. Il faut donc transférer les patients dans des hôpitaux plus grands, en urgence. Dans ces conditions, les transferts sanitaires peuvent être très longs, entre 1h et 1h30.

    Le transport héliporté se pose en alternative, ce moyen permettant de relier le grand hôpital le plus proche en moins de 30 minutes.

    Les ARS disposent déjà d’une cartographie précise de la couverture optimale des régions et d’un schéma d’implantation des hélicoptères répondant mieux aux besoins des différents territoires en termes de population, infrastructures, risques particuliers ou encore saisonnalité des besoins.

    Mutualisation ou la recherche de la perfection :

    Chaque système comporte des avantages et des inconvénients :

    - pour l’héliSmur : disponibilité de l’hélicoptère, l’équipe Smur n’étant mobilisée que pour la durée de la mission, elle peut participer à d’autres tâches hospitalières, le matériel médical est à poste fixe dans l’hélicoptère se qui réduit les délais de préparation.

    L’héliSmur s’adapte parfaitement au fonctionnement du système de soins.

    En revanche, son statut privé lui impose à se conformer strictement à la réglementation aérienne civile donc à des modifications fréquentes. Le type d’appareil utilisé par l’héliSmur ne permet pas de missions en milieu « périlleux » ou quand la visibilité est diminuée.

    Concernant les hélicoptères d’État, le principal avantage réside dans leur statut dérogatoire et leur potentiel.

    Les inconvénients sont aussi à évoquer :

    - l’exercice non exclusif et non prioritaire de la mission sanitaire est un réel problème.

    En effet, les hélicoptères sont partagés entre Sécurité civile, Gendarmerie, Marine nationale et Armée de l’Air et sous contrôle du Préfet de la Zone de Défense. Aussi, leur positionnement a été réalisé pour répondre à ces diverses missions :

    - l’entourage technique et l’absence de régulation médicale compliquent leur utilisation.

    - son financement est totalement pris en charge par le ministère d’origine. Cette apparente gratuité ne permet pas d’afficher le coût réel des interventions sanitaires et donc de budgéter leur financement.

    Le coût d’un hélicoptère de la Sécurité civile est évalué à 3 500 euros par heure de vol (sans compter le coût de l’équipe médicale).

    Une telle organisation nécessite une adaptation des services existants – ils sont très bien définis par le Conseil National de l’Urgence Hospitalière :

    - pour les hélicoptères d’État, le « contrat mission santé » impliquerait un effort en termes d’organisation et de répartition des moyens héliportés.

    La mission sanitaire, jusque-là complémentaire, deviendrait une mission principale pour les hélicoptères d’État qui seraient intégrés dans le dispositif des transports sanitaires héliportés. Le repositionnement des hélicoptères d’État serait donc à envisager pour améliorer la couverture de certaines régions et ainsi être complémentaire avec les moyens existants.

    - pour les héliSmur, la dimension régionale, la mutualisation et la transparence des missions devraient être développées ou améliorées. Les prestations de services quant à elle devraient être standardisées.

    Revoir le recensement et travailler à l’amélioration du système par la création de zones à poser, deviennent nécessaires. Néanmoins, les bénéfices du transport sanitaire héliporté en termes de réduction du temps d’accès aux soins sont fragiles, car dépendant de l’organisation de l’intervention médicale.

    La problématique du financement :

    Le transport sanitaire héliporté est très onéreux. En moyenne, le budget global d’un héliSmur H24 est d’environ 1,65 millions d’euros par an avec l’équipe médicale. Ce coût est inférieur à celui d’un hélicoptère de la Sécurité civile avec une moyenne de 1,75 millions d’euros par an hors coût de l’équipe médicale.

    Concernant le budget des héliSmur, le budget régional consacré aux hélicoptères est très variable d’une région à une autre, allant de 300 000 euros à 8,7 millions d’euros.

    Aussi, il est essentiel de travailler à la pérennisation et à l’uniformisation du financement des hélicoptères sanitaires. Cela demande une collaboration étroite et fluide avec le Ministère de l’Intérieur.

    Il est important d’insister sur ce point, le coût d’un hélicoptère est essentiellement un coût d’investissement et non de fonctionnement. Les modalités d’utilisation de l’hélicoptère étant tributaires de son statut et non de sa mission sanitaire !

    Une stratégie nationale de couverture du territoire serait un véritable atout. Elle s’articulerait autour de deux axes principaux :

    - celui de remettre le patient au centre du système, avec la mise en place du « contrat mission santé » ;

    - et confier aux ARS l’organisation des transports sanitaires héliportés comme pour tout dispositif de soins. Cela se traduit par une organisation régionale partagée par différents acteurs et intervenants.

    Un futur chantier ? En tout cas une nécessité. Nous nous devons de travailler dans les années à venir à réduire les disparités importantes en matière de couverture du territoire, de renforcer le fonctionnement actuel des transports sanitaires héliportés afin d'améliorer durablement notre système de santé et l’accès aux soins.

    Anne Beinier
    Conseillère de Mme Agnès BUZYN, Ministre des solidarités et de la santé

      La date/heure actuelle est Dim 9 Déc 2018 - 21:57